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Issu des terres nordiques de Jacques Brel et dEUS, Ébbène se présente comme l’aventure d’un passionné qui croit aux pouvoirs du récit : mêlant storytelling et arrangements folk, les premiers titres du projet témoignent d’un lyrisme maîtrisé. S’il semble désenchanté, l’artiste se distingue par l’acuité d’un regard qui s’amuse à traquer les incohérences et les ratages du quotidien : qu’il s’agisse du triomphe de la conformité (« Tout le monde ne fait rien comme personne, et tout le monde a vu Barcelone », « T’as sûrement tatoué tes vingt ans ; tu parles encore en noir et blanc », sur « Barcelone ») ou des relations décevantes (« Depuis toi l’amour me va comme un coup de poing dans la gueule », sur « Tu devrais »), Ébbène déploie au fil de ses morceaux une poétique du détail délicate et corrosive, attentive à la signification des petits faits et gestes de ceux qui l’entourent. Assumant une position de retrait, en marge de la cohue (« Je laisse passer les gens qui vivent », sur « Tu devrais ») sans pour autant céder au rêve impossible de « penser à ne penser à rien », l’artiste se présente comme un collectionneur de moments et de portraits (« J’ai un carnet bleu dans la poche où je note toutes les images », sur « Vert ») et affirme d’emblée qu’il faudra compter avec lui puisque, comme il l’indique, « Mordre la poussière n’est pas envisagé » (« Un »).

Ébbène - Barcelone [CLIP]